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Débacle exceptionnelle à Dudinka.
Chaque année,
immuable, la débâcle revient et précipite le nord de la Sibérie
dans une situation difficile. Les habitants des ports du nord
ont appris à gérer ce phénomène et savent s'en protéger. Par exemple
à Khatanga où tout l'hiver durant les habitants construisent une
immense digue de glace qui protégera les bateaux du flot violent
d'eau et de glace. A Dudinka, quelques centaines de kilomètres
plus au sud, les autorités du port ont depuis longtemps pris l'habitude
d'évacuer du port tous les équipements précieux. Y compris les
lourdes grues qui sont montées de quelques mètres au-dessus du
port.
Parfois ces
précautions ne sont pas suffisantes. Ainsi cette année le 30 mai
la débâcle de la Yenisseï fut particuièrement
impressionnante... Alors que l'eau monte habituellement de six mètres
elle est montée jusqu'à... 21 mètres, inondant toute une partie
de la ville ! Cette débâcle exceptionnelle est due à un hiver
particulièrement vigoureux et tardif dans le nord. Les énormes
blocs de glace charriés par le courant occasionnèrent de nombreux
dégâts.
Les grands
fleuves sibériens coulent du Sud au Nord et irriguent la grande
plaine sibérienne avant de se jeter dans l'Océan Glacial Arctique.
A la fin octobre (période d'étiage), sous l'action du froid leur
surface gèle pour atteindre une épaisseur de deux mètres au coeur
de l'hiver. Seuls de puissants brise-glace peuvent alors se déplacer
sur les rivières pour ouvrir la route aux cargos chargés d'évacuer
les ressources extraites du sol sibérien. Au
printemps, avec le retour du soleil, les riverains des grands
fleuves s'adonnent à la pêche en pratiquant un trou à travers
la glace. A cette époque, la partie du fleuve située au Sud bénéficie
d'un temps plus clément et fin mai la fonte des neiges alimente
le bassin versant d'une grande quantité d'eau de fonte. Sous sa
poussée, la glace de surface se disloque et est entraînée vers
le Nord par le flot : c'est la débâcle.
C'est un phénomène
spectaculaire, caractérisé par une vague de fond qui entraîne
tout sur son passage. Le fleuve devient innavigable, même pour
les plus puissants brise-glace et les navires doivent se mettre
à l'abri dans des anses secondaires ou derrière des digues afin
de ne pas être emportés. La vague de fond lorsqu'elle atteint
l'estuaire mesure plusieurs mètres de haut et le niveau de l'eau
augmente fréquemment d'une dizaine de mètres. Généralement, au
bout d'une semaine, le fleuve retrouve son lit et la navigation
peut reprendre normalement.
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