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Les Dolgans : nomades de la toundra.

Il fait un véritable froid de canard ce matin. En sortant de la tente, comme chaque matin, le même réflexe : un petit coup d'oeil au thermomètre qui se balance, attaché à sa cordelette complètement blanche de givre. Ce matin donc : - 23° C.

Nous sommes le 15 octobre, la nuit descend lentement sur la Sibérie. Presque une demi-heure de lumière en moins chaque jour. Avant que la nuit ne tombe définitivement pour trois mois sur la toundra, toute l'équipe Mammuthus aura levé le camp. Olga, Kostia son fils de neuf ans, toute la famille et les autres brigades Dolgans, eux, resteront seuls dans la toundra. Un univers si hostile que nous n'y survivrions pas sans l'aide de toute notre technologie.

Quand je les vois arriver à notre camp, presque chaque matin, je ne peux m'empêcher de penser qu'ils ne sont plus que deux cent cinquante à vivre dans la toundra toute l'année. La population globale est plus importante, bien sûr, puisqu'elle avoisine les 7 000 personnes. Au fil des années les familles se sont fixées dans les quelques villes, villages ou hameaux dispersés dans le Taîmyr. Le plus important de ces villages est Novorybnoye, du nom de la rivière qui coule au pied du village. Les autres se sont installés à Khatanga, petit port autrefois à l'importance stratégique et d'où nous lançons les expéditions, ou encore Spetchnoye, pour ne citer que les plus importants.

Le peuple Dolgan s'est constitué récemment au début du 18 ème siècle. Mélange de colons russes et de groupes évenkis installés à environ cinq cents kilomètres au Nord Est de la ville de Krasnoyarsk. Des Yakoutes et Evenks, les Dolgans ont conservé l'habitat et les modes vestimentaires. Installés confortablement dans notre tente, un vieux modèle dessiné dans les années quarante pour les expéditions polaires (on a pas fait mieux depuis !) Piotr, dont la brigade est installée à sept kilomètres au Nord de notre camp, me raconte que les Dolgans n'ont pas toujours vécu comme aujourd'hui, qu'ils ne furent pas, de tout temps chasseurs et éleveurs de rennes, qu'à la constitution de leur peuple ils ne vivaient pas dans des "baloks", ces petites habitations montées sur traîneau et tirées par huit rennes.

D'abord trappeurs de bêtes à fourrure, les Dolgans se mirent assez rapidement à chasser le renne sauvage. Les N'ganassans, autre "petit peuple du Nord" comme les désignait Staline, pratiquaient la chasse au renne de longue date et exploitaient déjà les passages les plus productifs (en été les rennes montent vers le nord et en hiver descendent vers le sud, à la recherche de température plus clémentes). Les Dolgans durent alors explorer de nouveaux territoires pour survivre et c'est ainsi qu'ils devinrent un peuple nomade ce qui entraîna des modifications dans leur mode de vie et leur habitat.

Obligés de suivre les migrations des rennes, les Dolgans durent modifier leur habitat traditionnel emprunté aux Yakoutes. Leurs "golomos", faits de rondins de bois disposés verticalement sont recouverts de plaques de gazons en hiver et de peaux de rennes en été. Aujourd'hui, les Dolgans vivent dans des "baloks", petite habitation d'environ six mètres carrés, faite de bois et de peaux de rennes et montée sur traîneau. Ainsi, à chaque déplacement du troupeau les baloks sont tirés par un attelage de huit rennes, été comme hiver.

Aujourd'hui ils ne sont plus que 250 à vivre dans la toundra selon leur mode de vie traditionnel. A survivre faudrait-il plutôt dire. La chute de l'empire soviétique a considérablement marqué leurs conditions de vie. Fini le temps où les sovkhozes achetaient leur production :rennes, poissons et peaux d'animaux sauvages. Situation rendue encore plus difficile par la surabondance de rennes qui fait chuter le cours de la viande. Moins de ressources égal difficultés d'approvisionnements en produits "modernes" :essence, sucre, pièces mécaniques... Malgré tout, les Dolgans que nous rencontrons régulièrement dans la toundra restent attachés à leur terre et souhaitent, le plus souvent que leurs enfants suivent leurs traces avec un accès plus facile au confort moderne.

Nous vous proposons de venir à la rencontre du peuple Dolgan au travers de nombreux petits sujets sur leur mode de vie, leur histoire et leurs croyances, leur habitat... et aussi au travers de portraits de nos amis Dolgans.

 
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